Mauritanie: un référendum dans le calme après une campagne houleuse

Le président mauritanien Mohamed Ould Abdel Aziz a accusé jeudi soir à Nouakchott de " trahison " et de " prévarication " les sénateurs opposés à son projet de révision de la Constitution, dans son dernier discours avant le référendum controversé de samedi.

Après une campagne houleuse émaillée de tensions, voire de violences lors de manifestations de l'opposition, les bureaux de vote ont comme prévu ouvert à 07H00 GMT. Quelque 1,4 million de Mauritaniens étaient appelés à voter samedi dans ce vaste pays en grande partie désertique, limitrophe du Sénégal, du Mali, de l'Algérie et du Sahara occidental.

Il a, par la suite, passé en revue les principales composantes de ces amendements qui concernent la suppression du sénat, la création de conseils régionaux, la fusion de certaines institutions, l'amélioration des missions du conseil économique et social par l'intégration de la dimension environnementale, l'ajout de deux bandeaux rouges aux drapeau national dédiés à notre vaillante résistance nationale, à la préservation de l'identité arabe, africaine et islamique de la Mauritanie et en guise de reconnaissance aux martyrs qui ont donné leur vie et versé leur sang pour la défense de la patrie.

En mars, la révision a été adoptée par les députés, mais rejetée par les sénateurs, pourtant majoritairement favorables au pouvoir.

La police a dispersé jeudi à coups de gaz lacrymogène et de matraque des opposants qui tentaient de se rassembler dans trois quartiers de la capitale Nouakchott.

Mohamed Ould Abdel Aziz explique de son côté que cette réforme vise à améliorer la gouvernance du pays d'Afrique de l'Ouest et juge que le Sénat est une institution "inutile et trop coûteuse".

Le référendum constitutionnel se déroule également sans la présence d'observateurs nationaux ou internationaux.

"Ils me demandent de leur présenter des excuses, je ne le ferai jamais", a lancé le chef de l'Etat, en estimant que ces sénateurs avaient "trahi la Nation".

Une vingtaine de sénateurs ont entamé mercredi un sit-in au Parlement afin d'exiger des excuses du président pour les avoir accusés de corruption et pour qu'il renonce au référendum.

" Le pouvoir a tout préparé à sa guise, aussi bien la liste électorale que le matériel électoral pour préparer une fraude à grande échelle", a déclaré lors d'une conférence de presse Jemil Ould Mansour, chef du parti islamiste Twassoul et dirigeant d'une coalition de huit partis et mouvements opposés au référendum.

L'unique parti de l'opposition appelant à voter non, la Convergence démocratique nationale (CDN) a dénoncé une "campagne inégalitaire", le oui bénéficiant de la quasi totalité du temps d'antenne officiel.

Lesdits amendements sont le fruit d'un dialogue organisé en octobre 2016 entre la majorité présidentielle et une partie de l'opposition et boycotté par une large coalition comprenant une dizaine de partis politiques, des syndicats et des organisations de la société civile.

Édition: