Un référendum pour la Catalogne

"Les concepts d'Etat et d'unité des patries n'ont plus d'avenir dans l'Europe démocratique actuelle": avec ces mots, le président régional catalan, l'indépendantiste Carles Puigdemont, a achevé dans la nuit de mercredi à jeudi une brève allocution à Barcelone, pour se féliciter de la convocation par décret d'un référendum sur l'indépendance de sa région, en dépit de son interdiction par la justice.

Les indépendantistes assurent défendre leurs droits après des années d'" humiliation " par les conservateurs du Parti populaire (PP), qui avaient notamment obtenu en 2010 de la Cour constitutionnelle qu'elle réduise les compétences plus larges accordées à la Catalogne en 2006 par le Parlement espagnol. "Ils devront choisir s'ils veulent continuer sur la voie de l'autonomie et d'un statut bridé ou s'ils veulent emprunter une nouvelle route menant à un Etat indépendant qui prendra la forme d'une république", a déclaré Carles Puigdemont, le président de la région autonome de Catalogne.

Le parlement catalan, au bout d'une cession marathon, a voté mercredi à la majorité la loi fixant la tenue du referendum sur l'autodétermination de la Catalogne le 1er octobre prochain.

Cette loi instaure un " régime juridique exceptionnel " prévalant sur toutes les normes qui pourraient entrer en conflit avec elle, un défi sans précédent à l'autorité de Madrid.

Si au final les séparatistes l'emportaient, cette région grande comme la Belgique et pesant 20% du PIB espagnol chercherait donc à quitter l'Espagne, mais sans consentement mutuel. Les élus opposés au scrutin qu'ils jugent illégal ont quitté l'hémicycle pour ne pas participer au vote, laissant derrière eux des drapeaux catalans et espagnols côte à côte.

La Catalogne vit une poussée de fièvre sécessionniste, en partie alimentée par la crise mais aussi le sentiment d'être maltraitée par l'État central.

Le gouvernement de Madrid a demandé à la Cour constitutionnelle d'annuler cette loi dès son adoption. Elle a donc annulé systématiquement, à la demande du gouvernement conservateur de Mariano Rajoy, tous les textes et décisions en rapport avec celui-ci.

Par tous les moyens, l'opposition a tenté de freiner les séparatistes majoritaires au parlement depuis septembre 2015.

Deux ans ont encore filé, sans véritable évolution du camp de Mariano Rajoy, accusé d'immobilisme: une première année sans gouvernement en raison du blocage du Parlement, une deuxième avec des propositions de "dialogue" et d'investissements, mais sans céder sur l'essentiel: l'exigence d'un référendum, ou d'une évolution du "modèle territorial" de l'Espagne. En effet, ce dernier serait l'initiateur du référendum sur l'indépendance de la Catalogne.

Une partie de l'opinion publique régionale est lasse de ce débat. Le texte sera applicable à partir du 1er octobre 2017, selon un porte-parole du gouvernement séparatiste catalan.

Tandis que l'Union européenne a fait savoir qu'elle ne reconnaîtrait pas un Etat catalan, ce qu'elle s'apprêterait à faire en cas d'indépendance de l'Ecosse suite au Brexit.

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